Vert. Bleu: la couleur du Viet Nam; ces deux couleurs n’ont qu’un seul mot en vietnamien. Vert ou bleu, couleur des rizières qui s'étalent dans les vallées et gradinent les flancs de montagnes Des rizières à perte de vue. C'est le symbole du Viet Nam. Juché sur la selle de mon vélo, je traverse les vallées entre Hué et Hoï Han, moyenne de 22 km/heure ; ce sont des paysages vert-bleu qui défilent sur chaque côté de mon guidon ; au lointain, des montagnes revêtues d’un bonnet et d’une écharpe de nuage : l’hiver n’est pas fini et les averses ne sont pas rares. La température : entre 12 et 16 degrés.




Illustration pour Carnet de voyage de Jean Cabane
Pour nourir mon Mental, je regarde un paysage luxuriant et embrumé. Le décor est splendide.
Je ne cache pas que les quelques bus remplis de touristes venant de Hué qui me klaxonnent me cassent les bonbons. Les passagers me narguent, c’est sûr. Je pédale. Pour me distraire, je chantonne :
« Pour voyager à l’authentique,
Je prends les transports en commun
C’est fatiguant mais folklorique
Je risque ma vie en chemin ! »
(Chanson pour « Train Des Gens », j’entends la voix de Julia et la contrebasse de Laurent : voilà du Mental à petite dose)
Quand verrai-je le bout de cette route ?





J’ignore ce que ces 10% représentent sur presque 50 minutes de montée en VTT chargé de deux sacoches pleines de livres, de fringues et un sac (poids:24kg+60kg, le mien!) mais je peux vous garantir que si je n’ai ni posé le pied ni fait une pause boisson, en dépit d’une selle confortable, j’avais les muscles fessiers chauffés à blanc. Merci Mental, grâce à toi, j’ai oublié déjà que j’ai passé un sale quart d’heure !
Le marché des saveurs , situé en bord de rivière

Un vieux quartier aux maisons-musée

Le pont japonais
Hoa et Jean :
Des « Quelqu’un » du crûDepuis mon arrivée, il m’a fallu attendre Hoi Han, soit 10 jours depuis Hanoï, pour me sentir « parti ». Me sentir ailleurs. La raison est simple : je me suis posé à Hoi Han. Avant mon départ de France, j’avais été mis en relation par le biais du Centre Culturel Français de Hanoï avec Jean Cabane, pour proposer un spectacle en français. Jean habite à 2 km de la vieille ville de Hoï Han (centre du Viet Nam). Il est artiste peintre, expose dans une galerie près du marché et partage sa vie avec Hoa. J’ai été hébergé chez eux… Et ça a été un réel plaisir : d’abord j’ai bénéficié d’un accueil chaleureux. J’ai dormi dans « l’Atelier du peintre », un lieu paisible débordant de peintures, de pinceaux et de feuilles d’un papier très spécial : le papier DO. Ensuite, la cuisine de Hoa restera inégalée : j’ai goûté au raffinement gustatif, à l’éternel culinaire vietnamien. Crabes et petites crevettes grillées, canard, pho (soupe de pates de riz), cau lao (spécialité d'Hoi Han, soupe avec morceaux de porc et légumes, pousses de soja), banh bao (genre de nems farcis à tremper dans sauce soja) salades et soupes, fruits confits. C’en était trop pour mon estomac habitué à un petit-déjeuner et un dîner. Sans vous parler des gâteaux dont les parfums et arômes envahissent la maison dès potron-minet et vous ouvrent l’appétit quand bien même vous êtes rassasié.
Jean CABANE
Exercice de style ou Comment vous faire le portrait d’un peintre. En souhaitant ne rien gâcher d'une rencontre inopinée et une entente spontanée. Voilà:
JEAN: Artiste peintre. Qu’il pleuve ou qu’il fasse un temps couvert, son accent de Nîmes - plus chantant que celui du Nord il va sans dire - vous déboussole et dépayse un Lorrain qui voyage au Viet Nam. Son regard scintillant, nourri du soleil de « là-bas », vous souhaite la bienvenue. Et il y a cette moustache à la « Fred *» qui soutient son sourire en permanence. Disponibilité. Générosité. Il transforme son atelier en dortoir. J’avais atterri dans le nid douillet d’un peintre... et d’une cuisinière !
(*le dessinateur de BD, de « Philémon » ou du « Petit cirque », à chacun ses références. Jean adorait Pif Gadget.)
Cinq jours de quasi-résidence qui m’ont permis de profiter d’un cadre exceptionnel. A la question posée à Jean par une artiste peintre de Bruxelles, de passage dans sa galerie: « La France ne manque pas trop ? » Il répond sans hésitation, sans le brin de nostalgie pour son pays natal qu’il ne décrie pas pour autant : « Ici, je suis heureux. ». Comme quoi: le bonheur existe, attrapons-le et profitons-en avant qu’il ne sauve.
L'atelier du peintre, à droite
Pour info: Jean Cabane s’occupe d’une association qui a vocation d’aider les enfants d’un orphelinat.
Association La goutte d eau - www.la-goutte-deau.com/
Pour apercevoir sa galerie "Ami Galerie") et ses oeuvres: vous pouvez aller directement lui rendre visite de façon virtuelle en attendant de le croiser peut-être un jour là-bas. Bonne visite. Un conseil, méfiez-vous des plats mitonnés de Hoa. Vous ne pourrez plus jamais vous en passer par la suite. Mieux vaut les rencontrer tous deux en fin de périple, histoire de repartir avec les papilles satisfaites et un souvenir de cuisine vietnamienne impérissable.
www.artmajeur.com/
Ci-dessous, illustration tirée d'un carnet de voyage, avec l'aimable autorisation de l'auteur.

22, voilà Lucie, le spectacle
Le conte de Lucie Verpeuton et ses quatre lutins, avec Mamie Faribole et Maître Farfadas, s’est exporté. Il s’agit d’un conte inventé et joué par votre humble pédaleur, histoire créée au sein de la compagnie Lavifil cet hiver pour Saint Quirin avec, pour la créa musique, Christophe Durant. Le texte a été traduit en vietnamien par la fille de Hoa. J’ai rencontré quelques personnes du cercle francophone à Da Nang, je joue le jeu.
Cercle Francophone
Jouer en français au Viet Nam est depuis le départ un pari artistique rempli de doutes, de pièges. C'est risqué, le français. Il y a l'anglais, le coréen, le japonais, le chinois en vogue. La peur d’être incompris. J’ai longuement hésité en me disant encore la veille de la représentation du conte, qu’il aurait mieux valu monter un spectacle visuel et sonore. Ce que je compte faire au cours de mon voyage. Mais tout s’est ajusté en une journée. Le 22 janvier, au matin, Hoa me confectionne un chapeau de lutin Verpeuton ; à 15h, Dinh, un jeune guitariste vietnamien invité par Jean et Hoa, se présente. Très bon guitariste. Après une mise au point sur le thème principal musical et l’accompagnement général illustrant chaque personnage, nous partons ensemble pour la Galerie de Jean, lieu de la représentation.
La galerie a été préparée : Adèle, la "jeune étudiante" du Jura, en stage pour soutenir l’association de Jean, a mis la main à la pâte. Les bancs sont installés. Soudain, une odeur sucré me caresse le bout du nez : des gâteaux préparés par… Devinez. "Au moins, me suis-je dit, si le spectacle se passe mal, la collation sera excellente !"

à droite, affiche de Laurence Schluth avec présentation et horaires... en vietnamien
Et un ver luisant, à droite


Je joue Mamie Faribole coiffée d’un chapeau traditionnel vietnamien. Grand Plaisir sera. Plus courte aussi la durée sera. Le conte s’achève comme en France : Farfadas dans la bouillasse crèvera.



Autres illus. de Jean
Je partirai avec dans les sacoches de Tigre Vert des livres de Contes Traditionnels Vietnamiens, afin de compléter mon séjour et d'approfondir mes connaissances. Les contes en dépit de toute traduction ne se comprennent et ne se ressentent qu'avec le pays d'où ils ont émergé. Ils perdurent car ils sont issus d'un rythme, d'une musicalité, d' une mentalité ancrée entre le ciel et l'eau. Impossible de les comprendre sans avoir senti le vent caresser les rizières en cascades. Sans avoir cru Bleu ce que les Vietnamiens appellent Vert. Pour ce pays splendide, c'est la beauté des paysages qui en fait toute la profondeur.
L’aventure culturelle en solitaire à vélo continue au Viet Nam, suite dans le carnet 3. Direction, les temples Cham de My Son, 60 km. Merci pour vos messages chaleureux qui m'accompagnent le long de mon périple. Au revoir : Tam bi-ett. Je pense à vous.
